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TRI, MOIC et DPI : comment lire la performance d'un fonds PE

Les marchés cotés se mesurent en rendement annuel ou en progression d'indice. Le Private Equity utilise trois métriques propres, qui ne disent pas exactement la même chose.

Le TRI (Taux de Retour Interne, ou IRR) est l'équivalent d'un taux de rendement annualisé, qui tient compte du timing précis de chaque flux (appel de capital, distribution, valeur résiduelle). C'est la métrique de référence pour comparer les fonds entre eux et avec les marchés cotés. Sa limite : il favorise les investissements courts, et peut être amélioré par des techniques financières (recapitalisations précoces, refinancements) sans que la valeur créée sur l'entreprise n'ait augmenté.

Le MOIC (Multiple on Invested Capital) mesure combien de fois le capital a été multiplié à la sortie. Un MOIC de 2,5x signifie que 100 investis ont produit 250 distribués. Il est simple, peu manipulable, et très parlant pour évaluer la création de valeur absolue. Sa limite : il ne tient pas compte du temps, un 2,5x en 3 ans est très différent d'un 2,5x en 10 ans.

Le DPI (Distributions to Paid-In capital) mesure la part du capital effectivement redistribuée aux investisseurs, par rapport aux sommes appelées. Un DPI de 1,0x signifie que le fonds a rendu exactement ce qui avait été investi ; au-dessus de 1,0x, il a généré des gains réels distribués en cash. C'est la métrique la plus concrète pour évaluer ce qu'un investisseur a réellement encaissé. Contrairement au TRI ou au MOIC, qui intègrent la valeur résiduelle non réalisée des participations encore en portefeuille, le DPI ne laisse pas de place à l'interprétation : il mesure uniquement ce qui a été effectivement distribué.

Les performances historiques globales et leur comparaison avec les marchés cotés sont analysées dans les sections « Private Equity vc Public Markets » et « Quelle place pour le PE dans un portefeuille ».

Comment se crée la valeur dans un deal PE

En France, sur la période 2019-2024, la création de valeur dans les entreprises détenues par des fonds de Private Equity repose avant tout sur la croissance opérationnelle. Près de la moitié de l'effet résultat provient de la croissance organique des revenus (47 %), et les opérations de croissance externe y contribuent pour 37%(3). Le désendettement et les effets de revalorisation jouent un rôle complémentaire, mais secondaire.

La croissance externe occupe une place particulièrement structurante : 69 % des entreprises accompagnées par des fonds PE ont réalisé au moins un build-up durant leur période de détention(3). Cette stratégie permet de consolider des marchés fragmentés, d'acquérir de nouvelles compétences, d'accélérer le déploiement géographique, ou d'atteindre une taille critique favorisant une valorisation supérieure à la sortie(6).

Ce modèle de création de valeur tranche avec une idée reçue persistante : le Private Equity ne se contente pas d'acheter des entreprises à bon prix pour les revendre plus cher. Il intervient activement sur leurs fondamentaux (commerciaux, organisationnels et stratégiques) pour générer une croissance que l'entreprise n'aurait pas atteinte seule dans le même laps de temps. C'est cette capacité d'action directe sur l'entreprise, inaccessible dans le cadre d'un investissement en actions cotées, qui justifie la prime de rendement attendue par les investisseurs PE(5)(6).

Pour les mécanismes opérationnels détaillés de chaque levier, veuillez-vous référer à l’article dédié à la création de valeur.

Les déterminants de la dispersion

Les rendements du Private Equity présentent une dispersion sans commune mesure avec les marchés cotés. Sur 5 ans, le premier quartile affiche un indice à 229,3 contre 122,8 pour le bottom quartile, soit plus de 100 points d'écart sur base 100(2). En actions cotées, un tel écart entre bons et mauvais gérants n'existe pas. C'est pourquoi la sélection du gérant est, en PE, aussi déterminante que le choix de la classe d'actifs elle-même(5).

La stratégie de build-up est l'un des accélérateurs les plus documentés. Les plateformes ayant réalisé 2 à 5 acquisitions pendant la période de détention affichent un MOIC médian de 2,9x, contre 2,5x sans acquisition(5).  

La spécialisation sectorielle est le second différenciant. Les fonds spécialistes (>40 % transactions dans un secteur) affichent un TRI médian de 29 %, contre 25 % pour les fonds sectorisés (20 % à 40% transactions dans un secteur) et 24 % pour les généralistes (<20 % transactions dans un secteur). Leur avantage vient d'un sourcing plus propriétaire, d'une meilleure lecture des cycles et de thèses de sortie plus crédibles auprès des acheteurs(6).  

La taille des deals crée également une dynamique différente. Les deals de petite taille (sous $50M d'EV) délivrent un MOIC médian de 3,9x grâce à davantage de potentiel de transformation, des valorisations d'entrée plus basses, et moins de concurrence à l'acquisition. Les grands deals (plus d'$1Mds) offrent des retours plus prévisibles autour de 2,5x, avec moins de dispersion(1)(5).

Sources :

  1. OC&C Strategy Consultants & Gain.pro, 2025
  1. PitchBook, Private Capital Indexes Q3 2025, 2026
  1. France Invest, Rapport sur la création de valeur à fin 2024
  1. Bain & Company, Global Private Equity Report 2026

Notes :

  1. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Investir en Private Equity comporte des risques.
  1. Ce commentaire reflète l’opinion d’Archinvest

Emilie Loyer Buttiaux
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